Le sexe faible n’est pas celui qu’on croit

La jeunesse des mouvements féministes (19ème siècle, bien que les historiens en aperçoivent les prémisses dès l’antiquité) nous offre une certaine impression de lenteur de l’évolution des mœurs. Mais le sexe dit « faible » est indéniablement en passe de devenir plus fort dans les esprits, avec un resserrement des rangs masculins, du moins des plus réfractaires. C’est là toute la difficulté de l’entreprise. D’autant que le problème ne résulte pas tant d’un simple refus d’une égalité des sexes que d’une peur irrationnelle du féminin. La femme est une étrangère que l’homme craint intrinsèquement dans notre société.

De nombreuses théories sur cette peur inconsciente ont fusé à travers l’histoire, notamment dans l’univers psychanalytique. A noter que la thèse de Freud selon laquelle cette peur serait fatalement due au fait qu’il manque un organe (sexuel) à la femme me laisse pantoise. Bref, chacun expose son avis sur les sources de cette angoisse, de la différence sexuelle au pouvoir d’enfanter. Mais selon des spécialistes tels que Margaret Mead, anthropologue du début du 20ème siècle, il n’est pas dans la nature de l’homme d’exercer un quelconque pouvoir sur la femme. Le phénomène serait culturel. De plus, les progrès techniques et technologiques dont bénéficie l’anthropologie permettent d’établir que la place de la femme dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs, telle que racontée aujourd’hui, n’est qu’une chimère. L’image de l’homme qui traine la femme par les cheveux jusque dans une grotte serait un cliché parmi tant d’autres, avec sans doute pour mission de perpétuer la tradition du machisme et d’asseoir le pouvoir masculin.

Cette peur prendrait-elle sa source à l’ère du Néolithique, époque désastreuse marquée essentiellement par la sédentarisation, l’apparition de l’agriculture et par une baisse significative de la population masculine, et a fortiori, par un bouleversement culturel ? Ce qui est certain, c’est que l’histoire qui lui succède de près regorge d’exemples d’initiatives masculines axées sur la privation de liberté des femmes. La philosophe et anthropologue Clémence Royer fait notamment état, dans un article du bulletin de la Société d’Anthropologie de Paris de 1872, de cette liberté des femmes dans la Rome antique (5ème siècle avant J.C.) bafouée par leur mise sous tutelle via la loi des XII tables, rédigée par un collège de décemvirs composé de… dix hommes.

Chaque époque parait avoir son panel d’hommes à la fois craintifs et influents dont le besoin de contrôler la femme n’a d’égal que leur ego. Un ego qui dénote leur extrême faiblesse, encore très présente aujourd’hui qu’il s’agisse de l’époux qui bat sa femme ou du patron qui sous-paye ses employées. Le comportement antisocial de l’homme envers la femme me fait penser à ces enfants qui volent les jouets des autres ou les mordent pour s’affirmer, attirer l’attention, exprimer une frustration etc. Avec le temps, s’est installé un rapport de force exponentiel entre hommes et femmes. Mais il s’agit peut-être plus pour l’homme d’une manière de se rassurer sur sa propre existence dont il s’est senti dépossédé au fil du temps. Et de cette perception erronée est né le besoin de préserver son statut de sexe fort autoproclamé (psychose et/ou trouble narcissique ? 🙂 ).

Je possède donc j’existe. J’ai peur donc je frappe.

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Voir aussi : Oui, c’est « Aux femmes de décider »