‘Lucifer’, par tous les diables !

Tom Ellis alias Lucifer

Je vais entrer dans la sphère culturelle populaire, m’approcher même quelque peu du côté obscur de la force, flirter avec les enfers, que « Papa » me pardonne. Lucifer « le fabuleux » est parvenu, encore, à séduire bon nombre de mortels en s’emparant de la petite boite à images tant vénérée par l’humain, plus efficace qu’une pomme, plus esthétique qu’un serpent. Même les associations catholiques qui ont crié au blasphème n’ont pas eu raison de la série. Mais je comprends que la vérité puisse être diablement effrayante. D’ailleurs, peut-être la série a-t-elle séduit certains curés membres du LCFLA (Les Curés Fans de Lucifer Anonymes). Car dans ce monde tout est possible. Curés, si certains de vous se sont vus obligés d’expier votre faute, n’hésitez pas à apporter votre témoignage en commentaire.

Beaucoup semblent s’accorder sur le fait que cette série présente les ingrédients d’une bonne série policière avec un équilibre entre un excentrique et une fliquette. Mais cette œuvre télévisuelle s’épanouit bien au-delà de l’enquête. Lucifer Morningstar, magnifiquement incarné par Tom Ellis, casse généreusement les codes de la religion, ses préceptes selon lesquels le diable, c’est le mal, l’enfer, ça brûle, ou encore Dieu est amour. En même temps comment en vouloir au réalisateur lorsque la bible elle-même donne lieu à hésiter entre enfer et paradis. Quand on lit dans la bible des passages tels que « au milieu d’une flamme de feu, pour punir ceux qui ne connaissent pas Dieu et ceux qui n’obéissent pas à l’Évangile de notre Seigneur Jésus », on est en droit de se demander si Saint-Pierre ne nous attend pas de pied ferme affublé d’un fouet. Il est aisé, pour le coup, d’imaginer des pratiques sadomasochistes dans les cieux et plus de justesse dans les flammes. Oups, que « Papa » me pardonne (encore) pour ce blasphème.

Et au-delà de relations interpersonnelles complexes qui rend les protagonistes si attachants, au-delà même de cette famille dysfonctionnelle au sein de laquelle Lucifer peine à trouver sa place, règne la notion d’imperfection des Hommes, des êtres célestes et même de Dieu. Une honnêteté qui transcende la croyance et le dogme, qui relativise à outrance les notions de bien et de mal, qui brise le caractère manichéen que l’humain tend à concéder à la vie en général. D’une certaine manière, cette série rend justice à celui qui, autrefois, fut diabolisé par la main de l’homme pour avoir convaincu Eve de jouir de son libre arbitre. Elle exempte une bonne fois pour toute « l’œuvre du diable » et le porteur de lumière y retrouve ses lettres de noblesses. « Papa » brille par son absence et son emprise est mise à mal. La femme est libre, puissante et intelligente. Et hormis à l’occasion de quelques impertinentes interventions angéliques, pour le spectacle, chacun des protagonistes, peu importe son statut, est responsable de ses choix. Chacun fait face aux conséquences de ses actes.

C’est là, à mon sens, la raison d’être de ‘Lucifer’ qui, bien qu’en proie à une extrême tourmente, ne cesse de replacer la vérité au cœur du débat.