Les malheurs d’Emmanuel, Chapitre III

Une chose était sûre, le petit Emmanuel n’en faisait qu’à sa tête. Chaque jour, sa maman Brigitte lui interdisait avec fermeté de se promener seul dans les rues près des chantiers. Mais Emmanuel ne comprenait pas tant de prudence. Il devait absolument être accompagné ou il risquait fort d’être englouti par quelques pavés lancés ici et là par les maçons, lui avait expliqué sa maman. Le petit Emmanuel avait beau insister pour qu’elle le laisse aller à l’aventure, lui promettant de ne prendre aucun risque, Brigitte campa sur ses positions. « Sans compter le ciment et quelques balais. Un jour, l’un d’eux a même atterri par mégarde sur la tête d’un passant » ajouta-t-elle. « Tu ne voudrais pas que l’un des maçons finisse sa journée en prison par ta faute ? » lui demanda sa maman.

Emmanuel haussa les épaules et se dit tout bas qu’il ira bien quand même dans ses rues qui lui tendaient les bras. Quelques pavés et quelques balais n’allaient tout de même pas l’empêcher d’assister à tous ces beaux chantiers. Dès que sa mère eût le dos tourné, affairée avec sa nouvelle couturière à laquelle elle donnait quelques instructions, Emmanuel se glissa discrètement vers la sortie. Il scruta alors le moindre échafaudage comme le lui avait appris son père lors d’un voyage à Bruxelles et s’amusait de voir ainsi les maçons à l’ouvrage telles des fourmis. Il s’approcha d’un bac rempli de ciment auquel un maçon venait d’ajouter de l’eau. Le mélange était bien lisse et brillant sous les rayons du soleil. Emmanuel décida d’y poser les pieds pensant que le mélange était solide. Mais il s’y enfonça jusqu’en haut des chevilles. Occupé à tenter de sortir de cette mélasse, le petit Emmanuel ne vit pas arriver sur lui un pavé que l’un des ouvriers avait jeter du haut de la structure et qui le manqua de peu.

Il hurla si fort que Theresa, Sophie et Ismaël, qui se trouvaient non loin fort heureusement, furent immédiatement alertés et se précipitèrent vers lui pour l’aider à s’extraire de son bourbier. Ils lui retirèrent baskets et chaussettes puis le ramèrent chez lui. Mais ils avaient au cours du sauvetage sacrifié montres et bijoux. « Je t’avais prévenu ! » lui lança Theresa.

Brigitte, la maman fut abasourdie lorsque ses amis lui firent le récit de la mésaventure de son fils. Elle lui dit qu’il méritait bien le fouet mais la peur qu’il avait ressentie était une punition suffisante. Elle lui ordonna de casser sa tirelire afin de dédommager ses amis pour la perte de leurs biens. Le petit Emmanuel pleura toutes les larmes de son corps et supplia sa mère pour ne pas avoir à briser son beau cochon rose pâle qu’il avait reçu de son parrain bruxellois à ses cinq ans. En vain. Il se dit aussi, en son for intérieur, qu’on ne l’y reprendrait pas. Les travailleurs pouvaient bien continuer à balancer balais et pavés, il n’y retournerait pas.

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Les malheurs d’Emmanuel, chapitre 1
Les malheurs d’Emmanuel, chapitre 2

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