Vous avez demandé Pôle Emploi, ne quittez pas !

3.418.600 chômeurs, plus de 6 millions d’inscrits
615.980 offres d’emploi sur le site de Pôle Emploi

Ma conseillère m’expliquait encore il y a quelques jours que je ne faisais pas beaucoup d’efforts en termes de démarches. Quand on sait qu’il y a sur le marché du travail 0,18 offre par demandeur d’emploi, que les qualifications requises dans ces offres ne correspondent pas forcément aux compétences des chômeurs, nécessairement on est en droit de s’interroger sur la bonne foi de mon interlocutrice. L’État a annoncé avec tambours et trompettes une baisse significative du chômage grâce aux mesures gouvernementales et la presse nationale de suivre globalement, enfin les journaux les plus subventionnés. Libération, par exemple, était ravi d’informer ses lecteurs que le taux de chômage était enfin passé sous la barre des 9%. Il se fait même un plaisir de répondre aux questions des internautes sur son Checknews qu’en fait, ils n’ont rien compris à l’histoire.

Le chômage s’exprime en une ribambelle de chiffres issues de sources différentes qui se contredisent. Il règne également un secret de polichinelle selon lequel les chiffres sont maniés et remaniés de manière à obtenir ponctuellement l’analyse la plus satisfaisante. Ainsi sont souvent occultés les radiations et surtout la précarité puisqu’au premier trimestre 2019, sur 3.391.900 personnes sans emploi (catégorie A), 2 211 500 exerçaient une activité réduite (catégories B, C). Pendant cette période, 59.100 personnes sont entrées en formation. On compte également 39.900 radiations et 227.000 cessations d’inscription pour défaut d’actualisation. Au total, 16% des demandeurs d’emploi sont sortis de la catégorie A au cours de ce trimestre.

Quid de l’humain ?

Tous ces transferts de chiffres d’un wagon à l’autre tel du bétail a de quoi refiler la migraine à quiconque souffre d’arithmophobie ou révolter n’importe quel chômeur en proie à la réalité. Une réalité du chômage qui ne se résout pas à coup de formations dans l’hôtellerie ou le commerce, pas forcément adaptées aux souhaits ni aux capacités du demandeur d’emploi. Une réalité dont l’impact psychologique négatif est tel qu’aucun atelier en recherche d’emploi, en remplissage de CV ou en préparation aux entretiens d’embauche ne saurait compenser. Dans ce système, l’être humain n’a plus sa place. Si certains, influencés ou non par quelques scénarios de science-fiction, craignent des mutations génétiques privant l’Homme de toute humanité, cette mutation est en réalité numérique. L’être humain s’est transformé en une vulgaire donnée à exploiter. Ses sentiments, ses aspirations, cette société n’en a que faire. Dès lors où l’individu n’est pas en poste à temps complet et au smic, peu importe la durée et la nature du poste, il est considéré comme dissident.

Si t’es pas rentable, tu dégages…

Aujourd’hui, l’objectif est clairement de vivre au rythme du marché du travail et des besoins des entreprises. Ceux qui souhaitent s’extirper de cette machine infernale doivent redoubler d’efforts et d’originalité. Lorsqu’il travaille, l’individu doit répondre à des besoins en rendement, subissant souvent des pressions telles qu’il en arrive parfois à ce qu’on nomme plus communément le burn-out. Globalement, on compte 29 suicides par jour et 550 tentatives de suicides. Le Conseil Economique et Social enregistre entre 300 et 400 suicides liés au travail par an. Dans le monde agricole, un agriculteur se suiciderait tous les deux jours selon Le Monde. Et lorsqu’il ne travaille pas, l’individu n’est qu’un automate à rafistoler par quelques subterfuges permettant de le replacer rapidement dans le système. Seule la folie peut expliquer ces rouages destructeurs, la folie des grandeurs, la folie des richesses, la folie de la concurrence. Juste la folie.

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