Les malheurs d’Emmanuel, chapitre I

Les malheurs d'Emmanuel

Le petit Emmanuel vivait dans une belle et immense maison dont les murs étaient ornés de dorures et où le sol accueillait quelques magnifiques sculptures. Malgré tout, le petit Emmanuel enviait la maison de son cousin Donald, d’un blanc immaculé, ainsi que tous ses jouets qu’il avait le droit de briser autant qu’il le souhaitait. Le petit Emmanuel subissait sans cesse mises en garde et remontrance car il n’était pas soigneux.

Un jour, le petit Emmanuel supplia sa bonne d’ouvrir un carton posé sur le sol de sa chambre. Le carton provenait de Bruxelles où vit son père, Jean-Claude. Il la hâta afin de découvrir enfin le contenu de ce cadeau, arrachant presque les cordes qui l’entouraient. Il aperçut quelques boucles dorées et s’impatientait grandement. Mais la bonne le pria de se calmer car il allait sans aucun doute tout casser. Elle prit des ciseaux et coupa les cordons. Elle souleva soigneusement le papier qui entourait les petites poupées de chiffon aux cheveux d’or et bouclés dont Emmanuel raffolait. Il lui tardait de leur faire vivre de palpitantes aventures. Dans cette grande maison luxueuse, il se sentirait moins seul.

Le petit Emmanuel se posta devant le carton et observa ces petites poupées, les plus belles poupées de chiffon qu’il eût jamais vues. Il s’en empara allègrement et les embrassa au moins trente fois tour à tour, dansant avec elles et chantant à tue-tête. Sa grande sœur voulut voir ces petites poupées. Emmanuel rechigna à lui confier puis lui tendit. Theresa hocha la tête. Puis elle dit au petit Emmanuel qu’il finirait forcément par les abîmer tant ces poupées étaient fragiles. Mais le petit Emmanuel lui hurla qu’elle se trompait et qu’il allait même inviter quelques amis à diner afin qu’ils voient ses jolies poupées de chiffon. Theresa hocha de nouveau la tête et lui prédit que ses amis les casseraient. Mais le petit Emmanuel sourit et promit de bien s’en occuper. « Je suis l’homme de la situation ! » lança-t-il à sa sœur de sa petite voix fluette. Theresa lui sourit affectueusement.

Le lendemain, le petit Emmanuel décida que ses petites poupées de chiffon devaient apparaitre sous leur meilleur jour auprès de ses amis. Il les coiffa avec le plus grand soin. Mais elles lui semblèrent bien mal en point, bien pâles, comme si elles avaient pris un coup de froid pendant la nuit. Il eut alors la brillante idée de les placer près de la cheminée afin que la chaleur des flammes leur fasse grand bien. Le petit Emmanuel était alors si fier de lui qu’il n’entendit pas la mise en garde de sa maman, Brigitte. Il aligna les petites poupées avec précision. Le feu crépitait et la lueur des flammes pourfendait la chevelure des poupées, plus dorée que jamais. Le petit Emmanuel trouvait ce spectacle absolument magnifique et restait là à le contempler jusqu’à ce qu’un bruit de voiture le sortît de sa torpeur. Ses amis arrivaient enfin. Ils entrèrent en trombe dans la maison, ne manquant pas de saluer la maman d’Emmanuel. Difficile de les retenir tant ils débordaient d’enthousiasme.

Son amie Sophie regarda les poupées, dubitative, et se demanda pourquoi l’une d’elles était aveugle, muette et chauve. « C’est dommage car elles sont toutes si jolies » dit-elle au petit Emmanuel dont les larmes coulaient à flot. Sa maman lui assura qu’elle pouvait la réparer. Elle rapporta sa boite à couture et fit des miracles à l’aide de fil, de laine et d’une aiguille. La poupée qui manqua de brûler était alors comme neuve.

Mais très rapidement, les petites poupées de chiffon perdirent de leur attrait. Le petit Emmanuel décida alors de les sublimer par quelques petites opérations. Il coupa leurs cheveux. Il avait pour eux de grands projets et une coupe courte scierait à merveille aux poupées. Il leur fit prendre un bain. Mais comme elles flottaient, il posa sur elles de grosses pierres si bien qu’elles faillirent se noyer. Soucieux de l’éducation de ses poupées, le petit Emmanuel voulut leur faire réaliser d’incroyables numéros. Celui de la poupée coupée en deux lui fut fatal, une autre périt dans un cercle de feu. La poupée volante ne vola pas, broyée par l’hélice du ventilateur.

Seules trois poupées survécurent et le petit Emmanuel pleura à chaudes larmes en voyant ces tragédies. Au fil du temps, le petit Emmanuel aimait de moins en moins ces affreuses poupées de chiffon et dont ses amis se moquaient. Le petit Ismaël lui conseilla de les ranger dans une boite pour ne plus jamais supporter cette vision d’horreur. Ce qu’il fit. Il ne pouvait toutefois s’y résoudre. Il sortit une des poupées survivantes et voulut lui faire jouer le rôle de l’équilibriste sur le bord du puits. La poupée tomba dedans et le petit Emmanuel ne la revit jamais plus.

____________________________________

Les malheurs d’Emmanuel, chapitre 2
Les malheurs d’Emmanuel, chapitre 3