Chasse à courre, cette torture animale

Toile de Diego Velez

La chasse à courre est, selon l’homme de lettre Joseph La Vallée, une histoire universelle qui concerne toutes les classes sociales depuis l’époque très reculée du règne des Celtes jusqu’à nos jours. Elle est issue des peuples gaulois qui pratiquaient déjà la chasse à courre au lièvre au 2ème siècle avant notre ère. Les Romains s’adonnaient peu à cette chasse malgré un effet de mode sous les Antonins. Le poète latin Ovide semble être le seul à être initié à la cynégétique. Et si la Grèce antique avait ses grands chasseurs, sa littérature en fait peu de cas. La France a, quant à elle, pris le parti de préserver cette coutume dans un but purement ludique.

D’un autre temps, d’un autre millénaire, la poursuite de l’animal à cor et à cri jusqu’à son épuisement à l’aide de chiens courants censés le lever ne fait vraiment pas honneur à l’espèce humaine, quoi qu’en disent les partisans. La notion de tradition finit toujours par justifier les actes les plus terribles qu’il s’agisse de vénerie, de tauromachie ou encore du massacre des dauphins aux iles Féroé. L’ancestralité détrône systématiquement le bon sens dont notre civilisation se dit pourtant dotée.

Comment ne pas être choqué par le regard horrifié de ce cerf assailli par la mort ? Cette toile de Diego Velez (ci-dessus) exprime de manière merveilleusement funeste l’horreur de la chasse à courre. Aujourd’hui la chasse à courre a de nombreux détracteurs. Mais le dégout de cette pratique transparaissait à bien d’autres époques reculées. L’historien romain Tacite, des 1er et 2ème siècle avant J.C., la décrivait déjà comme une « occupation barbare » selon Jacques Aymard, Professeur à la Faculté́ des lettres de Montpellier‏ spécialiste d’histoire romaine mort en 1964.

L’être humain se pose comme la seule créature évoluée en ce monde au prétexte que ses instincts primitifs sont tempérés par le raisonnement et la conscience. Ainsi de l’entrainement à la guerre sous les Assyriens au sport royal des grands seigneurs, la vénerie est présentée par ses adeptes comme une pratique écologique, honorifique, un art cynégétique, même, à l’occasion de quelque envolée lyrique. « Certains trouvent qu’elle est cruelle et réservée à une élite nostalgique de l’Ancien Régime mais la connaissent-ils vraiment, ont-ils pris le soin de voir de plus près de quoi il s’agit ? » pose-t-on comme question au lecteur du « Livre Blanc de la Vénerie ». Certes, pourquoi ne pas aller voir de plus près de quelle manière des chiens, dont l’esprit de meute est exacerbé par un enfermement à outrance, épuisent un animal ? Pourquoi ne pas assister au coup fatal porté par le chasseur avec une arme blanche et dont la fierté n’a d’égal que son ego ? Pourquoi ne pas carrément dépecer soi-même l’animal à l’agonie d’ailleurs afin, peut-être, de ressentir le plaisir de tuer.

L’être humain aime mettre de l’élégance dans tout afin de démontrer qu’il ne perd en rien en humanité, qu’il ne gagne pas en insensibilité et donc en froideur. Pourtant cette chasse, et toutes les autres, se place loin de l’honneur et du loisir et n’a que le but ultime de répondre à un besoin très primitif : la domination du territoire et de la faune. C’est là un paradoxe qui relève soit de l’hypocrisie, de la mauvaise foi ou bien de la nécessité d’accorder ses actes et son esprit qui ne saurait admettre sa barbarie en deçà de son éducation et des convenances. Il l’enjolive. Mais la vérité est que l’Homme est un prédateur redoutable.

__________________________________

A voir également :

Les « 10 vérités sur la chasse » dénoncées par l’ASPAS sur le site Nature d’ici et d’ailleurs.
http://natureiciailleurs.over-blog.com/2016/09/10-verites-sur-la-chasse-en-france.html

Chasse à courre en Picardie : Barbarie et féodalisme / La réalité de la chasse à courre
http://picardiepopulaire.net/chasse-a-courre-en-picardie-halte-a-la-barbarie-feodale

Une réforme superficielle pour mieux maintenir la chasse à courre ?
https://one-voice.fr/fr/blog/une-reforme-superficielle-pour-mieux-maintenir-la-chasse-a-courre.html