Tribulations d’une journaliste

Chère Madame le maire de Sens, Madame la présidente de l’Agglomération du Grand Sénonais, laissez-moi vous faire part de mon indignation concernant certains de vos agissements, qui semblent même être un mal national en ce moment. Le choix de votre rouge à lèvre le matin n’est régi par aucune loi, à part peut-être celle que votre bon sens voudra bien lui accorder. Et si de ce dernier la presse ne peut profiter, il est temps que les lecteurs en soient informés.

Nous aurions pu faire une chanson, un slam voire un rap de ces mots que vous lâchassiez un jour d’été. Et vous la chassâtes, ma petite personne par cette phrase « pas de commentaires » à l’annonce du journal pour lequel je travaillais. « Je suis désolée pour vous », avez-vous enchaîné. Puis, de demander à votre directrice de communication de l’époque de « régler ça ». « Ça », voilà à quoi j’étais réduite à cet instant, un fait divers de la communication, une épine, une intouchable, dans le sens péjoratif du terme. Ma foi, j’étais désolée pour vous aussi, désolée d’observer la rancœur dans toute sa splendeur et cette incapacité, dont l’être humain a le secret, de s’épargner quelques aigreurs purement politiques, dont, franchement, je n’ai que faire. Mais l’humain semble y être addict.

Depuis ces mots réapparaissent comme un refrain à chacune de nos rencontres, de plus en plus par le regard qui en dit long. Mais en réalité, sous une farandole de bienséance et parfois de courtoisie dont vous faites preuve l’air bienveillant, se cache un mot d’ordre auprès de tous les services que vous chapeautez. Combien de fois vos employés ont-ils eu l’air désolé également de ne pouvoir me répondre dans le cadre d’un article. Se rendant ainsi complices de cette rétention d’information et bafouant sans scrupule la presse et sa liberté d’expression. Certains, plus automates, sans doute, semblaient plutôt vides d’émotions me renvoyant sans délai vers votre Cabinet. Prise souvent d’une envie pressante d’informer les lecteurs, je me hâtais donc de le contourner et de satisfaire mes besoins… ailleurs.

« Tu ne vas quand même pas poser pour un journal qui est contre moi » avez-vous même lancé un jour en pleine inauguration à l’un de vos conseillers que je prenais en photo. Ce jour-là j’eus cru avoir la berlue, non pas par cette promotion que vous m’accordiez, me passant du statut de « ça, il, it est revenu » à celui de d’organe de presse. J’aurais pu en être fière si seulement cela ne m’avait pas plongée dans un souvenir puéril d’une gamine tyrannique du temps où j’étais en CM2. En fait, et je préfère vous le préciser, la seule chose contre laquelle je suis, c’est la bêtise.

En outre, il y a encore deux semaines, vous nous refusiez carrément l’accès à une conférence de presse sur la présentation d’une navette sans chauffeur. Le dirigeant même, organisateur de cet évènement, a préféré nous bouder, par peur que vous le délaissiez… « Est-on en 2018 ou en « 1984 » ? , me suis-je demandée, forcément. Orwell pensait-il que seule une guerre nucléaire révélerait le pire des gens ? J’étais pourtant si heureuse de quitter la primaire… le monde des adultes est plus raisonnable m’avait-on assuré. Oui, à condition qu’une rancœur exécrable ne vienne pas tout chambouler.

Ce qui semble primer en votre for intérieur, c’est l’assurance que ce journal, l’Indépendant de l’Yonne, soit puni à hauteur de ce qu’il mérite et ce, depuis quatre ans, suite à un conflit. Les affaires sont les affaires, assurément. Or, Madame le maire, ce que vous mettez à mal en réalité, ce n’est pas ce journal qui, par ailleurs, aurait pu prendre le nom de ce fameux volatile de feu et de flammes, mais l’information au public et sa liberté de choix, au final, par l’absence de pluralité des médias.

Ajoutons également, mais cela vous semblera accessoire, de fait, que le travail des journalistes en pâtit. Et je subodore qu’aujourd’hui encore votre désolation à mon égard n’a d’égal que la première sucette que vous avez savourée.