Philippe Chevallier, culturellement mal pensant ?

Humoriste depuis plus de 35 ans, Philippe Chevallier foule les planches avec un nouveau one man show.

A priori, vous vous destiniez au début à la criminologie, vous vous êtes tourné rapidement vers le théâtre ?

J’ai fait du droit qui me cassait les pieds. J’ai un diplôme en criminologie malgré mon échec à ma maitrise de droit. Donc j’ai une licence de criminologie. La criminologie m’amusait parce qu’il y avait le côté psychologie, la psychiatrie, sonder les âmes… J’ai travaillé dans les assurances puis dans la pub. Et je suis assez vite tombé dans le chaudron du théâtre où j’ai rencontré d’ailleurs Laspalès. On a écrit une pièce ensemble et on est allé chez Bouvard. C’est là que l’aventure a commencé. Mais on avait déjà écrit une pièce tous les deux en 81. Et en 82, on est allé au Théâtre de Bouvard. Ça s’est fait très facilement. J’avais envie de faire ça depuis très longtemps.

Vous avez fait de la photographie, vous présentiez des œuvres un peu érotiques, était-ce une nécessité que d’apporter ce contraste à votre vie d’humoriste ?

Oui. La nécessité, c’est parce que j’avais envie de faire ça. Je voulais manifester de manière artistique ce que j’avais en tête. Ça m’a beaucoup amusé. J’ai fait énormément de photos, des expositions. Mais ce n’est pas facile en France d’avoir plusieurs casquettes. Dans les pays anglo-saxons, on se régale de tout ça. Et le fait que j’ai fait un duo pendant 35 ans et que je suis maintenant tout seul sur scène au music-hall, il faut faire avaler la pilule aux Français. C’est très compliqué…

Vous tournez en ce moment avec votre nouveau one man show : « Chevallier, culturellement mal pensant ». Qu’est-ce qu’être mal pensant pour vous à notre époque ?

C’est une formule un peu outrancière en réalité. De dire mal pensant veut dire que je ne bois pas toujours avec une grande délectation le sirop de la bien-pensance. Ce qui ne veut pas dire que je sois mal pensant. Mon spectacle, il est surtout là pour faire rire. Je fais de petites allusions culturelles mélangées à des allusions de potache. Effectivement, je peux avoir l’occasion de critiquer, mais comme ça, à fleurets et mouchetés, les excès de l’écologie, les excès de la technologie moderne avec un petit regard à l’ancienne sur la France d’autrefois. Ce n’est pas un spectacle clivant sur le plan idéologique. C’est un spectacle, en revanche, qui peut être clivant dans le sens où il y a des gens que je fais beaucoup rire et d’autres pas du tout. Vous me direz, c’est un peu le lot de tous les comiques ou prétendus comiques. C’est assez significatif. Il y a des gens qui sont morts de rire et des gens qui sont impassibles. C’est assez drôle d’ailleurs à observer. Ça me rappelle un peu nos débuts avec Laspalès il y a 35 ans. Il a fallu du temps pour amadouer le public.

Etre bien-pensant ça veut dire quoi finalement ?

Etre bien-pensant, ça veut dire rentrer dans toutes les combines qu’on essaie de nous faire avaler. C’est-à-dire être plus écologiste que la norme, accepter systématiquement ce qu’on nous fait avaler même sur le terrain politique. C’est le conformisme en réalité. En fait, je suis plus anticonformiste que mal pensant. Parce que l’anticonformisme peut faire ses choux gras d’un état de fait. Je ne cherche ni à changer les choses… mais en même temps, je les supporte avec une forme de distance. La cause écologique, je la mentionne très rapidement. J’en parle davantage dans mon bouquin. Je suis, à la limite, plus sévère dans mon bouquin que dans mon spectacle même si le spectacle est issu en fait de textes que j’avais écrit lors de ces chroniques que je faisais à RTL chez Philippe Bouvard. Je trouve qu’il y a une écologie raisonnée avec laquelle il faut être vigilant. Ce n’est pas la peine de gaspiller les choses.

En revanche, on nous fait avaler beaucoup de pilules. On sait par exemple que le tri, dans la ville de Paris, ne sert pas à grand-chose parce que tout est remélangé dans la même déchetterie, à part peut-être le verre qui lui va dans des containers spéciaux. D’autre part, on nous enquiquine avec l’automobile. On a une maire de Paris qui nous empêche de rouler. Il y a une allusion à la fois dans mon bouquin et dans mon spectacle. On enquiquine le pauvre citoyen français alors qu’il n’est pas responsable de la pollution des industries indienne, chinoise ou américaine. A chaque fois qu’on parle du réchauffement climatique, j’ai envie de dire à Nicolas Hulot qui est d’ailleurs originaire du même pays que moi, des environs de Saint-Malo, venez donc passer le mois d’août à Saint-Malo voir si la terre se réchauffe. Il y a certainement des choses qui sont justes mais on en fait trop. On ne le fait pas assez avec une certaine mesure. Je me bats un peu contre les modes, voilà.

Du coup, êtes-vous du genre à dire « c’était mieux avant » ?

J’aurais tendance à dire que ce n’est pas forcément mieux maintenant que ça ne l’était avant. Mais je ne suis pas sûr non plus que c’était mieux avant que maintenant. Je fais une réponse de Normand en disant que de toute façon l’humain est pérenne. Il ne change pas beaucoup. Il y a des hauts et des bas. Je ne pense pas qu’il y ait une progression linéaire. Je pense qu’il y a des cycles comme dans un tambour de machine à laver. Il y a des moments fastes et des moments moins fastes. Il y a une évolution technologique c’est évident. Mais est-ce qu’il y a une évolution de l’individu, je n’en suis pas forcément persuadé. Mais je reste très optimiste, joyeux, au contraire, j’essaie d’en rire.

Est-ce que finalement ce spectacle vient compléter ces chroniques intitulées « Les Français et moi » publié le 5 avril chez Flammarion ?

Oui, exactement. J’ai puisé dans beaucoup de textes que j’avais écrit. La difficulté c’est de passer de l’écrit à l’oral. Je ne peux pas le dire in extenso. Dans mon bouquin, par définition, c’est écrit. Ce n’est pas du Proust ni du Maupassant mais c’est quand même écrit. Ou alors il faudrait faire un spectacle ou carrément je lirais les chroniques mais j’avais surtout envie de faire rire. Parce que quand vous parlez au public, c’est plus efficace. De toute façon je n’ai pris que quelques exemples parce que dans le bouquin, il y a 150 chroniques. Donc si je devais faire de mon bouquin un spectacle ça durerait 8 ou 10 heures. Ce n’est pas possible (rire).

Qu’est-ce qui vous a donné envie de retranscrire vos chroniques sous forme de livre ?

Bah en fait, c’est une idée de Bouvard. Bouvard m’a dit, comme il aimait bien ce que j’écrivais, vous devriez écrire des petites chroniques, enfin vous servir de ce que vous avez fait pour en faire un bouquin, donc c’est ce que j’ai fait.

Vous êtes en ce moment au théâtre des 2 Anes donc ?

Le théâtre Les 2 Anes, c’est le théâtre des chansonniers de Jacques Mailhot qui est un charmant, un très très bel endroit de 300 places. Il y a la revue qui s’appelle « Tout est bon dans le Macron » avec Jacques Mailhot, Florence Brunold, Michel Guidoni, enfin toute une bande de jeunes que je vois évidemment tous les quinze jours dans la revue de presse sur Paris Première. Et puis moi le samedi et le dimanche à 18h, je fais mon spectacle qui s’appelle « Chevallier, culturellement mal pensant ».

Pensez-vous reformer le duo Chevallier/Laspalès un jour ?

Oui bien sûr. Mais pas forcément tout de suite. Ça va prendre un p’tit bout de temps parce que lui a joué une pièce l’année dernière de Laurent Ruquiez. Là ils partent en tournée. Moi je viens de commencer mon nouveau one man show il y a six mois. J’ai une tournée qui est prévue à partir de maintenant et l’année prochaine. Je continue aux 2 Anes deux fois par semaines. Après il y a une pièce que je vais faire. Une pièce de Patrick Sébastien avec trois autres comédiens dont Didier Gustin. On a peut-être des rendez-vous mais pour l’instant, c’est un peu informel. Il n’y a rien de marqué.