Les 1001 saveurs de thés de Christine Dattner

Christine Dattner est jeune avec un bac de gestion en poche lorsqu’elle découvre l’univers du thé. Après un passage par la société Moët et Chandon en 1978 « où je m’ennuyais comme un rat mort » dit-elle, elle tente sa chance pour un poste de directrice dans la boutique Betjeman and Barton, maison de thés anglaise sise Boulevard Malesherbes. Formée par Mme Betjeman elle-même pendant des mois, Christine Dattner découvre la multitude de thés et y prend gout. « Rien qu’en Chine, il y a plus de 10.000 jardins référencés. C’est à l’infini, il y a toutes les couleurs de thés. Là aujourd’hui tous les arômes possibles… c’est tellement vaste qu’on trouve forcément la boisson qui nous convient. Et puis c’est une éternelle découverte » précise la créatrice passionnée par son métier.

Cette société familiale de thés haut de gamme grandit chaque année, en termes de surface passant de 30 à 450 m², bientôt à 700 m², de salariés, aujourd’hui au nombre de 14, et de clientèle. « On a démarré mon mari et moi tout à la main. C’était difficile, on n’avait aucune machine ». La maison Christine Dattner rafle de plus en plus de marchés comme Le Bon Marché de Paris rive gauche pour lequel elle a davantage travaillé le Yuzu et le pamplemousse ainsi que Le Bon Marché rive droite. En tout, sont proposés 250 thés différents dont les boites sont dessinées par l’illustratrice Oriane Dirler.

En France, les thés aromatisés ont le plus de succès, représentant environ 85% du marché de Christine Dattner. Le thé s’est démocratisé au sein de l’hexagone ces quinze dernières années, devenant un véritable produit santé/bien-être en raison de ses multiples vertus. Son aromatisation permettra aux plus sceptiques de se familiariser avec ce produit d’exception. Un essor tel qu’au début des années 2000, la maison d’édition Flammarion lui commande un livre dédié au thé vert. Suivront sept autres ouvrages –Thé : rituels et bienfaits, Les Couleurs du thé (Chêne), etc. La créatrice regrette juste le battage marketing mis en œuvre autour du thé bio. Pour elle, de toute façon, « il est très difficile d’aller asperger en Chine à 2.500 mètres d’altitude des pesticides. Moi je fais confiance aux importateurs européens » d’autant que « le thé subit trois contrôles avant d’être commercialisé ». Christine Dattner, très à cheval sur la qualité, joue volontiers le jeu de ces inspections. « Moi ça me convient très bien » ajoute-t-elle.

Au cours de sa carrière, Christine Dattner s’est construit une solide réputation dont découle aussi l’exportation de ses créations dans plusieurs pays qui souhaitaient élargir leur marché et apporter une french touch à leurs rayons. Elle leur apporte ainsi saveurs et exotisme qui se subliment mutuellement, adoptant des appellations évocatrices telles que « L’hymne à l’amour » ou encore « Le jardin de Monet ». De plus, la production de thé est aujourd’hui en pleine expansion d’autant que des pays jusque-là paralysés par les guerres comme le Laos ou la Birmanie ont repris du service avec « de nouveau des thés disponibles sur le marché européen qui sont de toute beauté. Là, on a importé un thé vert et un thé noir de Birmanie qui est magnifique. On a du thé de Corée du Sud avec laquelle on ne travaillait pas du tout il y a encore dix ans. On a le Viêt-Nam. On travaille même avec des pays africains parce que les Chinois sont devenus conseils de certains pays d’Afrique. Un pays comme le Rwanda est capable aujourd’hui de produire des thés blancs, des thés verts, des thés bleus-verts, des thés noirs parce qu’on leur a enseigné l’art de la culture du théier et la fabrication de superbes thés de qualité ».