Norman Green, une belle histoire de coeur

En 1945, Norman Green foulait le sol sénonais pour la première fois. Il revient 70 ans plus tard pour revoir sa famille de cœur.

Norman Green a 17 ans lors de l’attaque de Pearl Harbor. Il souhaite s’engager mais ses parents veulent qu’il passe d’abord son baccalauréat. Il rejoint l’armée en 1943. En février 1945, la 13ème division aéroportée US (Airborne) débarque dans le département de l’Yonne sont accueillis à bras ouverts par la population de la ville de Sens. Norman est sergent de transmission dans le 326ème régiment de planeurs et stationne à la caserne Gémeau de Sens, actuelle Ecole de Police. L’Américain est réserviste et attend les ordres. Il se rend à la boutique Cholet pour acheter une pipe. Là, il rencontre Jacqueline Castet avec laquelle il sympathise. Plus tard, dans une droguerie, il revoit Jacqueline. En fait, il est dans sa boutique. Jacqueline la tient avec sa mère, Germaine, qui est seule car son mari, Pierre, est en déportation. Norman est invité à diner et ne les quittera plus jusqu’à son départ, à la fin du mois de juillet. Les actions de Patton étant très efficaces, Norman ne sera jamais envoyé au front.

Il y a un an, Norman Green, qui vit au Japon depuis 35 ans, tente de reprendre contact avec sa famille de cœur, les Castet. Bruno Prieur donne suite à cet avis de recherche car il connaissait cette famille. Et pour cause, son grand-père Alfred était proche de Pierre Castet, impliqué également dans le mouvement de la Résistance. Norman annonce qu’il compte venir. Les Prieur père et fils souhaitent alors organiser un évènement officiel en l’honneur de cet ancien combattant sur le parvis de la cathédrale et font une demande d’autorisation auprès de la municipalité en juillet.

En aparté, la mairie reste longtemps muette si bien que Bruno Prieur essaie de connaitre la raison de ce silence lors d’un rendez-vous avec Madame Langel. Il semblerait qu’un membre de la famille Prieur expert en esclandres lors de cérémonies officielles n’y soit pas étranger. Même leur demande de visite privée de l’Hôtel de Ville essuiera un refus. « C’est la maison du peuple, mais pas la maison des vétérans américains » dit amèrement Bruno Prieur. Il obtiendra, malgré tout, le mercredi 11 octobre matin pour le samedi 14 octobre, une autorisation de produire une manifestation sur la Place des Héros, derrière le monument au mort. Pourtant, « c’était un message positif, c’était intéressant » précise Bruno Prieur. « On a privé les Sénonais d’une belle animation. Enfin animation, dans le sens devoir de mémoire ». L’objectif était également d’aller à la rencontre des jeunes sénonais.

Malgré tout, Norman Green bénéficiera du savoir de Bernard Brousse, président de l’Office de Tourisme de Sens et historien de Sens, à l’occasion de diverses visites dont la cathédrale et les Musées de Sens qui n’existaient pas en 1945. Ce samedi-là, Norman découvrira aussi une exposition de voitures anciennes. Mais ce qu’attendait avant tout Norman, c’était de revoir Jacqueline. « Ma sœur… » lui dira-t-il, ému. Et Jacqueline de répondre « mon frère… ». Ces deux personnes, qui s’étaient liées d’amitié 70 ans auparavant, se sont retrouvées sans effusion mais avec beaucoup d’émotions. Un véritable moment de bonheur. Norman avait partagé énormément de choses avec cette famille. « Ça fait partie des souvenirs qui sont gravés à jamais dans sa tête et qui, d’après lui, lui ont changé la vie » raconte M. Prieur. « Il en a gardé un souvenir impérissable ». L’ancien combattant se recueillera également sur la tombe de Germaine et Pierre Castet qu’il n’aura jamais eu l’occasion de revoir.