Retour aux sources pour l’ancien sénateur Henri de Raincourt

Loi de non cumul des mandats oblige, Henri de Raincourt s’est vu obligé de choisir entre le Sénat et la Communauté d’Agglomération du Gâtinais.

Vous quittez votre poste de sénateur en raison de la loi de non cumul de mandats. Pourquoi avoir conservé votre poste de président de la Communauté de Communes du Gâtinais plutôt que celui de sénateur ?

Dans la mesure où la loi interdit de cumuler les deux, il faut bien choisir. Et moi, tout naturellement, quand j’essaie d’analyser un peu mon parcours politique, je vois avec plaisir que c’est le Gâtinais qui m’a tout donné, qui m’a permis de faire ce parcours tout à fait intéressant. Et par conséquent, à la confiance qui m’a été donnée et redonnée par les habitants du Gâtinais, je réponds par ma fidélité. Et c’est la raison pour laquelle, tout naturellement, le choix se porte sur ma fonction de président de la Communauté de Communes du Gâtinais.

Comment avez-vous accueilli cette nouvelle loi justement ?

D’abord ça fait un moment qu’on en discute. Ensuite il y a déjà eu un certain nombre d’étapes qui ont été franchies puisqu’avant on pouvait cumuler plusieurs mandats. Après on ne pouvait plus. On ne peut plus cumuler un mandat national et un mandat local. Ça, ça fait partie des lois, on va dire populistes et démagogiques qui sont votées. Il parait que ça fait plaisir à l’opinion publique et que ça va rénover la vie politique. Je pense exactement le contraire. Pour autant, ça n’a pas d’importance. La loi a été votée et elle s’applique. Donc évidemment je n’échappe pas à la règle. Mais pour moi, c’est une loi stupide dont les effets pervers se feront sentir extrêmement rapidement. Le premier de ces effets pervers, et à mon avis le plus grave, c’est un affaiblissement du rôle du Parlement par rapport aux présidents d’intercommunalités et par rapport au mandat régional. Donc aujourd’hui, et demain encore plus, je pense que les parlementaires vont être bien marginalisés dans la mise en œuvre des politiques du développement local.

Votre choix de quitter votre siège de sénateur est-il lié à votre récente mise en examen concernant les détournements présumés de fonds public au Sénat entre 2008 et 2011 ?

D’abord, évidemment non parce que ça n’a strictement rien à voir. Deuxièmement, sur le fond, moi j’ai la conscience tout à fait tranquille et en paix. Ce n’est pas une question de personne, c’est une question de groupe, qu’il n’y eut aucun détournement de fonds par le groupe UMP au Sénat pas plus sur la période que vous avez cité que sur les périodes précédentes. Donc, il faut faire confiance à la justice pour éclaircir tout ça et apporter les conclusions qui, de mon point de vue, s’imposent. C’est sans doute parce qu’il y a quand même des questions que l’enquête a été bloquée par la chambre d’accusation. C’est bien parce que le problème d’un éventuel détournement de fonds n’est évidemment pas avéré. Et moi, pour ce qui est de la mise en examen, et Dieu sait que ce n’est pas agréable, je ne suis pas mis en examen pour détournement de fonds mais pour recèle. Donc c’est tout à fait différent parce que ça veut dire comme bénéficiaire et non comme instigateur.

Qu’est-ce que vous retenez le plus de votre carrière ? Quels postes vous ont le plus marqué ?

Je dirais que ce sont les postes dans lesquels on a la possibilité, justement, d’influer très directement sur le cours des choses, ça veut dire d’exercer des responsabilités. Par exemple, on décide au niveau communal, de construire une école. Au niveau départemental, on décide de construire un collège ou de réaliser une déviation. Le plus intéressant pour moi, c’est la réalisation concrète de projets qu’on a élaborés ensemble. Quand on est au Parlement, c’est très intéressant. Mais on délibère directement par son vote, on n’est pas l’exécutif. L’exécutif national, c’est le gouvernement. Ce n’est pas le Parlement. Mais le Parlement influe évidemment sur la politique nationale. Dans chaque mandat ou fonction que l’on peut exercer, il y a des degrés différents de capacité de changer le cours des choses.

Vous êtes donc plus attaché à des postes qui vous offrent la possibilité d’être proche de la population en fait ?

J’ai toujours été très attaché à mes mandats locaux parce qu’effectivement, c’est là je pense que j’ai réalisé le plus de choses concrètes, qu’on approuve, ou qu’on désapprouve. Ça c’est tout à fait autre chose. C’est tout à fait le libre jeu de la démocratie. Mais néanmoins, si je puis me permettre de m’exprimer de cette façon-là, qui est peut-être un peu triviale, quand on est membre du Parlement, on travaille en commission, on travaille sur des rapports, sur le budget, etc. mais à proprement parler, ce n’est pas moi qui ait inventé la constitution de la 5ème République.

Là, vous allez pouvoir vous consacrer à votre poste de président de la Communauté de Communes du Gâtinais. Quels sont les projets à venir ?

Les projets que nous avons en ce moment sont liés à la grande réforme territoriale qui a été esquissée par le gouvernement de M. Hollande, qui a changé énormément de choses, voire bouleverser énormément de choses dans notre organisation et notre mode de fonctionnement. Puisque les intercommunalités ont été redessinées à l’échelon départemental et aujourd’hui reste 14 intercommunalités dans l’Yonne. Il y en avait 22 dans la loi précédente et bien plus encore dans la loi qui avait été votée antérieurement. Ensuite il y a eu des découpages qui ont été faits. Et pour le nord de l’Yonne c’est la mise en place, chose qui n’avait pas existé jusqu’à présent, d’un Pôle d’Equilibre Territorial et Rural qui fait que, de la communauté de Communes de Joigny jusqu’à Yonne Nord en passant par la forêt d’Othe, l’agglomération sénonaise et le Gâtinais, nous avons pour mission de réfléchir ensemble à un contrat de territoire, à un projet global de développement pour toute cette partie nord du département. Ce sont des choses très intéressantes mais qui nécessitent beaucoup de travail d’élaboration et de mise en place. Et au niveau de la communauté de communes en tant que telle, nous avons à réaliser des équipements en direction de la petite enfance parce que la demande est forte et qu’elle se multiplie. Comme la population dans le canton du Gâtinais a plutôt tendance à augmenter et à accueillir des familles jeunes ayant des enfants. Il faut qu’on soit à même de répondre aux nécessités de ces familles. Et comme beaucoup d’autres, je voudrais faire avancer le problème récurrent d’amélioration des réseaux numériques de notre territoire qui est vraiment un boulet et pour lequel les choses n’avancent véritablement pas vite.

Que faudrait-il pour que les choses avancent ?

La loi a confié au département la responsabilité de l’élaboration du schéma départemental du numérique. Ce qui a été fait. Mais il faudrait que la mise en œuvre s’accélère. Là ça traine. Et deuxièmement, comme ça n’avance pas suffisamment vite, on est en train de voir si on peut trouver des solutions de substitution. Tout ça coûtant évidemment très cher. S’il faut, d’une part, payer pour ce qui concerne notre territoire, le plan départemental et d’autre part, trouver d’autres moyens pour pallier au fait que ça n’avance pas, évidemment, ça va peser sur le budget. Néanmoins, nous sommes prêts, dans notre intercommunalité, à consentir cet effort parce que nous savons très bien aujourd’hui que les jeunes ménages, et d’ailleurs pas seulement les jeunes ménages, ne viennent que très difficilement s’installer dans des territoires où il n’y a pas les moyens actuels de communication. Et puis le développement du télétravail, c’est quelque chose qui est en train de se généraliser. Donc si on ne peut pas le faire chez nous, les gens iront ailleurs. Il y a là une espèce de course contre la montre qu’il faut absolument gagner.

Au final, c’est l’attractivité du territoire qui importe ?

Au final, ce qui est en jeu, c’est effectivement le développement et l’attractivité du territoire par rapport à notre situation géographique. Parce que si nous sommes, et nous en sommes très heureux, en Bourgogne-Franche-Comté, pour autant, nous sommes quand même la porte d’entrée de l’Ile-de-France, ou la porte de sortie suivant le côté où on se place. Mais tout ceci a énormément d’influence sur notre intercommunalité. Parce que si nous n’y prenons garde, nous pouvons devenir, quelque part, une zone dortoir de l’Ile-de-France. Ce que nous ne voulons à aucun prix. Nous voulons, par la politique que nous menons dans différents domaines, favoriser l’équilibre entre l’emploi et l’habitat.

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