Un beau-père d’exception

« L’étranger »

S’il y a un sujet dont on ne parle pas de nos jours, c’est bien du divorce et de ces années post divorce. Ces divorces qui chaque année déchirent de nombreux foyers et pire encore des enfants, victime de maladresses parentales, de la haine, d’une incapacité d’être adulte.

On assiste à la déchéance du couple, d’êtres humains accablés par la souffrance et la mésentente. L’instant du divorce, deux années de mal être et d’incompréhension, toutes nos pensées s’emmêlent à force de voir l’inévitable, d’entendre les insulte. Les parents, ces êtres pleins de bonnes intentions deviennent lors d’un divorce les personnes les plus égoïstes qui soient sur cette terre. Un mécanisme simple. L’amour propre est bafoué, des dialogues de sourd à n’en plus finir. Personne n’écoute plus personne dans le brouillard. Ils regardent sans vraiment avoir conscience du spectacle qui s’offre à eux. Des enfants recroquevillés dans le coin d’une vie, relayé sans consensus, au paroxysme de l’absurdité.

Nous avions dû quitter notre maison dans la hâte, le seul lieu qui ait bercé notre enfance dans tant de contradictions. L’appartement investi ensuite n’avait pourtant pas cette froideur malgré l’absence de souvenirs. Nous avancions en terre inconnue, vierge de toute violence conjugale. La magie d’un grenier bien rempli n’existait à présent que dans nos esprits. Pour y être retournée plusieurs fois, je peux affirmer que le temps s’était tout bonnement arrêté. Je revois ces objets en suspens, des souvenirs flottant dans cette pièce autrefois si mystérieuse et baignant d’une énergie particulière. Ces objets demeuraient comme insaisissables, immatériels, pris au piège dans une autre dimension tout comme le reste des choses qui remplissaient cette maison maudite. La terre nouvelle allait se remplir également de nos auras en souffrance. Chaque parcelle de cet appartement était à conquérir, à aimer même dans la haine et la douleur. Les semaines bien remplies mais vides de sens attendaient une ère nouvelle tendre et généreuse. Puis sont venus ces week-end qui nous imposèrent à priori assez rapidement la présence de cet étranger tout droit venu de la région parisienne, étrangère à mes yeux bien que chère au cœur de mon père, ancien adepte. Cet étranger plutôt passif, ou calme selon les points de vue s’efforçait d’apparaître discret et présent en toute circonstances. Le premier cadeau qu’il nous ait fait à ma sœur et moi fut des chambres. Un lit, une armoire, une étagère. De quoi meubler nos nouveaux sanctuaires. C’est une gentillesse qu’on ne put que bénir étant donné la situation. Tant d’argent fut perdu dans le divorce de deux ennemis féroces et tant de dettes accumulées requéraient toute l’attention pécuniaire de mes parents que l’aide de cet étranger, toujours aussi calme, ne pouvait qu’être accueillie à bras ouverts. La maturité étant, j’estimais que ma mère avait bien le droit d’être heureuse. Apprendre à connaître cet individu attentionné ne pouvait qu’être bénéfique dans tout ce carnage affectif et matériel.

Ma méfiance s’estompait au fur et à mesure, car l’étranger restait parmi nous, toujours avec cette gentillesse et cette écoute dont nous manquions tant. Et cet étranger est parmi nous depuis onze ans maintenant. Il s’appelle Luc et en dehors de ce statut d’étranger arrivé à point nommé, il deviendra peu à peu un beau-père d’exception, agissant toujours et sans différence tel un père.