Lewis Carroll, au-delà du conte, brièvement

Lewis Carroll

Pédophilie, syndrome de Peter Pan, tentative désespérée de s’approprier l’esprit de l’enfant ? Le fait est que Lewis Carroll, grand mathématicien, était en proie à l’obsession. Maltraité dans son enfance, Lewis fait des enfants, auprès desquels il trouve refuge et perd son handicap, le bégaiement, ses sauveurs. Son esprit est fait de tortures, de sensibilité, de logique et du refus d’accepter le monde tel qu’il mais qui pourtant l’envahit insidieusement.

« Alice aux pays des merveilles » est un recueil pédagogique, une ode à la « logique symbolique » et aux paradoxes faisant appel à l’intuition du lecteur. Mais peut-on oublier pour autant le caractère obsessionnel de l’auteur et sa tendance à la divagation, aux dires de certains ? Dans ce cas, cette œuvre, comme dans « De l’autre côté du miroir », ne serait-elle pas la transcription subtile d’un monde psychotique ou presque ? Et sans s’embarquer dans des considérations controversées, on peut évoquer les nombreuses analogies entre l’univers mathématique et la nature, l’univers, l’esprit de l’homme, ainsi que cette quête insatiable de vérités, sans vouloir attribuer forcément ces démarches à Carroll. Aussi, les nombres et les formes géométriques prennent bien souvent une dimension mystique qui fascine aussi bien des familiers du délire que des esprits dits sains. D’ailleurs, toute l’incohérence de l’inconscient, parfois dominant, jusqu’à la maladie mentale, pourrait-elle être traduite sous forme de logiques mathématiques, autant que l’on donne le nombre d’or pour facteur commun d’entités de la nature telle que la pomme de pin, l’escargot etc. ?

L’individu en proie aux hallucinations vit, selon lui, une véritable descente aux enfers. Le périple d’Alice semble être cette chute vers un monde oublié où règnent la peur, l’absurdité, l’étrangeté et un apparent divertissement. C’est la prise de pouvoir de l’inconscient sur le conscient en état de crise hallucinatoire. Autant le médium que le psychotique ou le drogué voit son esprit plonger dans un univers incontrôlable. Et si cette comparaison ou l’évocation de ce domaine occulte peuvent choquer, il est indéniable que l’esprit dans ces cas là s’évade ou au contraire s’enlise, s’effondre sur lui-même tel un trou noir qui se meurt ou s’attèle à une autre tâche encore inconnue.

Une balade des plus banales, l’énergie commence à se mouvoir et s’échappe. Le regard porté sur une vitrine s’embrume car soudain l’esprit semble appelé, attiré. L’esprit répond à l’appel laissant entre parenthèses le monde matériel que le corps continue de côtoyer. Mais l’esprit, lui, se fourvoie. Deux mondes coexistent devant, autour, en soi, deux mondes se chevauchent créant le trouble. Il perçoit enfin l’inextricable vérité, incompréhensible, irréaliste, parfois effrayante. Comment nommer cela autrement qu’une chute, car tous les repères disparaissent. Et l’esprit est porté vers cet « ailleurs », et posé là dans cette vision irréelle, fantasmagorique.

Les objets de la vision sont obscurs ou démesurés. Cette vision reste parfois logée au fond de l’esprit pour laisser s’éveiller quelques croyances. Dieu aurait pu avoir cette dimension délirante. Et certains la vivent pleinement dans une confrontation perfide entre ce qu’on nomme l’irréel et le réel. C’est l’hymen de l’inconscient qui se perce laissant l’individu troublé et démuni.

L’homme-enfant qu’est Lewis Carroll inculque une vérité sur les adultes, sur la société qui va bien au-delà du rêve ou de l’imaginaire. Son discours prend l’apparence d’un conte, de drôleries, d’un imaginaire fantasque mais il s’agit de ses allées et venues vers le chaos, la vérité ou l’illusion. Cette œuvre, autant que le nombre d’or, intrigue chacun d’entre nous et absorbe les psychotiques, les schizophrènes ou tous ceux qui vivent une relation intime avec leur inconscient, jusqu’au cauchemar. Ils revivent chaque fois cette descente vers ce monde irrationnel, dans des limbes effrayants.
Le lapin blanc visiblement en retard indique la direction à Lewis pour un voyage au centre, non pas de la terre, mais de l’esprit. L’œuvre dépasse sans doute l’homme, car même si le poète, l’intellectuel utilise son talent pour décrire le monde d’Alice, il est un langage plus implicite qui se transmet d’esprit à esprit. Autant que n’importe quelle entité de la nature possède la faculté de communiquer, les esprits communiquent entre eux. La communication est loin de se limiter à la parole ou aux gestes. Par son ingéniosité, Carroll rend son délire obsessionnel abordable. L’esprit connaît ce langage aussi insaisissable que la notion d’inconscient. Et celui qui vit l’obsession s’identifie d’autant plus à cette « fantaisie ».

D’ailleurs, s’il est des esprits qui se sentent attirés par celui de Carroll, on citera celui de Marilyn Manson, bien décidé à adapter le journal intime de l’écrivain au cinéma dont l’œuvre s’intitulera « Phantasmagoria ». Le chanteur, apprenti réalisateur, souhaite mettre en avant les obsessions de l’écrivain. Le synopsis évoque un « écrivain dans un château isolé tourmenté par des nuits sans sommeil et des visions d’une jeune fille nommée Alice. ». Il est une réalité qu’on ne peut nier, nous sommes bien souvent attirés par nos semblables.

Alors « Alice au pays des merveilles », tentative d’une transmission de connaissances en mathématiques, de l’application des mathématiques au dédale de l’esprit humain pour montrer que les paradoxes ont ou sont une logique, ou les deux à la fois ?